Éditos
Faut-il cacher son intelligence pour faire carrière en radio ?

Faut-il cacher son intelligence pour faire carrière en radio ?

Il était une fois un Directeur des Programmes. Son Directeur Général, fort peu doté en matière grise, ne savait plus trop comment imposer ses vues (erronées) lors des réunions de management. Une solution évidente se présenta donc à son reliquat de cerveau abîmé par la cocaïne : virer ce Directeur des Programmes dont la culture, l’intelligence et l’a-propos lui faisaient de l’ombre. Quatre mois après l’avoir licencié, il était lui-même remercié. Ledit Directeur des Programmes travaille toujours en radio. Pas le Directeur Général.

Cette petite histoire (toute ressemblance avec patati, patata, etc.) est malheureusement assez commune. Pourtant, en radio comme dans n’importe quelle autre industrie, on reconnaît l’intelligence d’un manager à ce qu’il engage d’intelligents employés et s’applique ensuite à cultiver ces talents pour l’intérêt de l’entreprise. En Radio, en TV, en Presse – métiers autocratiques et souvent monarchiques – le fait du prince est la règle : on engage ou dégage pour des raisons qui n’empruntent que peu au professionnalisme et beaucoup aux affinités personnelles.

Nous nous adressons à des humains (par paquets de 1.000, certes, mais ça reste des humains) et nous devrions donc passer un temps non négligeable à penser des stratégies pour les atteindre, à affiner notre sémantique, à apurer notre discours, à dépoussiérer notre costume, tout ça dans un but de séduction de nos auditeurs. Or… qu’en est-il sur le terrain ? Et bien… sur le terrain… on peut entendre par exemple, dans un documentaire récent sur la radio, le patron momentané d’une TRÈS GROSSE radio dire face caméra :

La radio ? Ça ne se pense pas, ça se fait.**** *****

La première fois que j’ai entendu cette énormité, j’ai failli tomber à la renverse. Et vomir en même temps. Mais fort heureusement, cette opinion – un peu idiote, disons-le – ne reflète pas l’état de l’industrie. Il y a dans ce petit monde des gens qui pensent notre métier, et qui le pensent très bien !

Et « penser la radio », ça ne doit ni ne peut être l’apanage du management… Les animateurs qui « en ont entre les oreilles » font une vraie différence.

J’ai écrit en 2011 un petit article dans lequel je disais mon admiration pour les bons animateurs de musicales. Or, qu’est-ce qu’on bon animateur/ébéniste/cuisinier/danseur/whatever ? C’est quelqu’un qui maîtrise un peu plus que son métier, ce qui lui permet de savoir – devant chaque situation professionnelle – que faire et comment le faire, en mélangeant son instinct, son intelligence, sa culture et son expérience.

Ce mélange s’appelle le Savoir-Faire (en Anglais dans le texte) !

Lisons ce qu’en dit un des meilleurs animateurs français :

Animateur Radio, c’est un métier.

Ce n’est pas juste débiter à 200 à l’heure « + de X min de son machin avec truc et bidules ». C’est plus complexe que ça. En tout cas pour RTL2, où l’on demande des animateurs matures (justement…) et avec un truc en plus entre les oreilles… Eric Madelon

Mais en radio…j’en connais qui ont patiemment construit leur carrière en cachant soigneusement qu’ils lisaient des livres (pas Marc Levy, hein, des VRAIS livres) ou avaient plus de 200 mots à leur vocabulaire… Sûrs de ne jamais inquiéter leurs patrons successifs, ils ont tracé leur petit bonhomme de chemin en faisant le moins de bruit possible, mais en s’assurant un emploi !

Il y a beaucoup de consultants en Ressources Humaines qui expliquent doctement que si vous êtes intelligent, votre place n’est pas comme employé, mais comme créateur d’entreprise. Ça pourrait être audible, si on ne pouvait facilement constater que les entreprises modernes les plus successful étaient remplies à ras-bord d’employés talentueux, fins, cultivés et brillants.

Matt Cuts chez Google, Sir Jonathan « Jony » Ive chez Apple, pour n’en citer que deux, ne sont pas les managers des compagnies dans lesquelles ils brillent. Mais ils ont été mis là par des entrepreneurs intelligents…

Je me souviens d’un patron de radio qui passait un jour dans le couloir des studios et qui lança à l’animateur à l’antenne : « Mes hommages ! » L’animateur répondit du tac au tac : « Les hommages, c’est pour les femmes ! ». Quelques semaines plus tard, cet animateur était relégué au week-end.

L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile.
L’inverse est totalement impossible. Woody Allen.

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