Éditos
Henri-Paul Roy a fait Pomme-Q

Henri-Paul Roy a fait Pomme-Q

Je me souviens de l’arrivée de Henri-Paul dans le groupe Lagardère. Il avait débarqué rue François Ier dans une vague d’ex-NRJ qui trouvaient chez nous un nouveau port d’attache. Mais il se détachait furieusement du lot des migrants en provenance de la rue Boileau : il avait du talent.

Nous nous isolâmes ensemble une première fois après un rendez-vous épique dans le bureau de notre patron commun. Ce dernier avait montré une complète malhonnêteté dans la lecture des résultats de recherche musicale fournis par Henri-Paul, et il nous avait fallu quelques ballons de rouge-qui-tache pour effacer ensemble ce souvenir douloureux.

Vingt ans plus tard, dans notre dernière mission ensemble, nous avions été confrontés dans un groupe radio à une « directrice des études » qui ne savait pas construire une formule sur Excel et avait vraisemblablement été choisie pour ce poste plus en raison de son buste proéminent que de ses capacités analytiques. Nous avions pris le parti d’en rire : la boucle des hiérarques escrocs était bouclée.

Henri-Paul jurait dans le décor radiophonique par sa culture d’Honnête Homme du XVIIIe siècle. Nous parlions peu de radio, en fait quasiment pas, mais beaucoup plus de philosophie (j’y étais son élève), d’idées et de concepts, d’Histoire et de futur, de livres et de musique, toujours aidés par ce bon vieux Bacchus qui nous désinhibait juste comme il fallait. Henri-Paul était un visionnaire. Il voyait de la poussière là où d’autres voyaient une best-practice, et s’appliquait à inventer de nouvelles méthodes, de nouvelles solutions, de nouvelles offres, un regard nouveau sur des colonnes de chiffres qui cachaient le futur de nos radios.

Dans sa quête esthétique, Henri-Paul avait rencontré le son, qu’il aimait précis, fidèle. Il m’avait il y a quelques années fait découvrir l’extraordinaire Zik, de Parrot. Il en parlait avec excitation. Ce casque résumait tout ce qu’aimait Henri-Paul, en fait tout ce qu’ÉTAIT Henri-Paul : l’alliance de l’inventivité technologique (l’annulation active du bruit ambiant) avec le son d’une fidélité impressionnante, le tout emballé dans un superbe design de l’inimitable Philippe Starck ; sans parler du contrôle touch du bout des doigts…

En 2008, Henri-Paul avait été rejoint dans Hyperworld par Arnaud de Saint-Roman, comme par hasard l’une des plus élégantes personnes de la galaxie radio. J’aimais ce duo, binôme ultra intelligent qui alliait folie et retenue dans une belle aventure d’hommes, d’entrepreneurs, complices et complémentaires, souriants et amicaux, fidèles.

Henri-Paul laisse trois enfants et une épouse qui sont bien trop jeunes tous les quatre pour perdre un père et un mari. Il laisse aussi un grand vide dans notre industrie radio, elle aussi bien trop jeune pour perdre encore une fois un génie.

J’écris ces lignes loin de la France, alors même qu’au Père Lachaise, entouré de ses proches et amis, Henri-Paul devient un souvenir. Un très doux souvenir.

J’imagine d’ici la tête de saint Pierre quand il va entendre qu’il faut « urgemment revoir les méthodes statistiques du Paradis ».

Share this Story