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J’ai fait un rêve

J’ai fait un rêve

J’ai fait le rêve qu’un jour, les opérateurs radio en France s’apercevaient qu’ils faisaient partie d’une industrie, et qu’ainsi réunis ils avaient une force de frappe inégalable.

J’ai fait le rêve qu’un jour les groupes de radio décidaient de réagir contre l’infamie de gouvernements qui ne cessent de brider les libertés, et singulièrement la liberté d’entreprendre, en imposant des quotas sur les contenus diffusés.

J’ai fait le rêve qu’un jour les groupes Lagardère et RTL annoncaient qu’ils n’inviteraient plus aucun représentant de la majorité parlementaire à leurs micros tant que cette politique ignoble de quotas serait toujours en place.

J’ai fait le rêve qu’un jour les labels français arrêtaient de produire n’importe quoi et n’importe qui sous prétexte que, de toutes façons, grâce aux quotas, la diffusion était assurée.

J’ai fait le rêve qu’un jour le CSA décidait de ne plus publier sur son site la Liste Officielle des Nouveaux Talents, monstrueuse démonstration de l’ingérance étatique de la pire sorte dans une industrie commerciale qui devrait être libre.

J’ai fait le rêve qu’un beau matin, la production française soit de telle qualité que le Top 10 des diffusions serait à 80% local, sans quota, comme c’est le cas dans la quasi totalité des pays européeens, où la musique nationale est prépondérante sans l’aide d’aucune Propagandastaffel.

Puis, je me suis réveillé. En sueur. Dans un pays dont les grands industriels acceptent sans broncher toutes les brimades de l’Etat. Dans un pays où l’entreprenariat est puni. Dans un pays où n’importe quel braillard sans mérite parvient aux scènes officielles et aux diffusions imposées (dans les deux sens du mot). Dans un pays où la belle tradition du mécénat de l’art (pensez Louis XIV envers Lully ou Molière) est devenue malade et s’est transformée en une validation de n’importe quelle bouse dont on impose la diffusion et l’admiration forcée aux masses qu’on croit beuglantes mais qui n’en pensent pas moins…

A l’heure où n’importe quel gamin peut écouter n’importe quel feed audio sur le net, gratuitement ou en ponctionnant le compte familial Apple Music, ayant ainsi accès à une infinité de contenus dérégularisés (autre mot pour dire « libres »), les méthodes staliniennes de contrôle de nos contenus diffusés ajoutent le ridicule à l’obscène.

J’avais, il y a déjà longtemps, tenté d’expliquer l’absurdité des quotas imposés aux radios en transposant l’affaire sur une autre industrie… En prenant l’exemple de l’industrie automobile, et en imaginant que l’Etat – dans sa bienveillance – oblige les constructeurs à mettre sur le marché 60% de voitures de couleur rose, dans l’objectif – fort louable, n’est-ce pas ? – de protéger les fabricants de peinture rose.

Un patron de radio me faisait remarquer récemment qu’une comparaison encore plus juste – et donc encore pire – consistait à imaginer que durant chacun de vos repas, vos plats sont à 60% choisis et imposés par l’Etat. Beurk.

Je ne sais quel masochisme malsain pousse les grands groupes qui opèrent les radios en France à accepter de ridicules brimades. Chaque matin, lorsqu’un politique passe la porte d’un de leurs studios pour être complaisamment interviewé, sa présence même est un crachat à la face des professionnels que nous sommes.

L’industrie musicale ne peut rien faire pour les politiques, alors qu’ils ne sont rien sans nos matinales et nos rendez-vous politiques. Il serait temps de le leur rappeler.

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