Chaque semaine apporte son lot de nouveaux services en ligne, le futur est numérique, RIP la FM.
Cette ritournelle récurrente sur la mort de la radio – ça date de l’avènement de la TV, ça n’est pas d’hier – oublie juste de passer par la case « définition ». S’abstenant de définir ce qu’est la radio, il devient facile d’annoncer sa mort. Facile, mais faux à chaque fois.
Faux pour une simple raison, qu’on peut résumer par cette phrase mystérieuse et alambiquée : la radio n’est pas ce qu’elle est, elle est comment on s’en sert.
Chacun s’accordera à dire que la radio n’est pas ce qu’elle diffuse. La radio ce n’est pas de la musique. Ce n’est pas de la voix humaine. C’est juste leur moyen de transport, le medium. Et ça, ce n’est que l’aspect technique, l’aspect « transport ». Ca a pu être pour la radio une raison d’exister ; ça ne l’est plus.
Non, le principal attrait de la radio, ce sont ses modes d’utilisation.
Côté réception, d’abord : la radio est ultra bon marché, de très petite taille, mobile, fonctionne sur piles, extrêmement facile à manipuler.
Et puis… elle va dans la voiture !
Car là est bien ce qui rend la radio complètement unique : elle vous accompagne potentiellement dans TOUS les moments et TOUS les lieux de votre vie quotidienne. Gratuitement. Non intrusivement. Et non exclusivement : on peut faire autre chose en même temps !
La radio ne mourra pas pour la même raison que le livre de poche ne mourra pas non plus : parce que leur mode d’utilisation est irremplaçable.
Penser que l’iPod remplace la radio est un contresens. Non, l’iPod remplace… des programmes musicaux plus ou moins bien faits. Ce que l’iPod remplace, ce sont des contenus.
Quels sont les types de contenus musicaux disponibles pour un auditeur ?
Ils sont au nombre de quatre :
- Sa propre discothèque – iPod-like
- Une discothèque à distance – Deezer-like
- Des programmes à distance interactifs suggérés par affinité de genre – Pandora-like
- Des programmes à distance descendants issus de recherche quotidienne – radio-like
La nouveauté la plus intéressante vient évidemment du point 3 : Pandora et consoeurs.
Pour la première fois, il n’y a plus aucun lien entre un fournisseur de contenu musical et un genre musical. Auparavant, l’auditeur se greffait à un produit proposé, identifié en marque comme en genre. Je suis un encapuché de banlieue : j’écoute Skyrock. Je suis un bobo du 8ème, j’écoute Virgin Radio. Je suis un bobo du 11ème, j’écoute OuiFM, etc. Ce qu’apporte Pandora est une révolution : qui que je sois, quels que soient mes goûts musicaux, j’écoute Pandora, puisque Pandora se métamorphose pour moi, devient unique pour moi.
Si Pandora ajoute à ses réglages des vitesses de rotation différentes selon les catégories de titres, alors aura été inventé le fil musical presque parfait. Ejection instantanée des titres qui ne me plaisent pas trop, apprentissage continu de mes goûts, autant de fonctions qui donnent une impression convaincante d’adéquation entre l’offre et ma demande.
Sauf que…
Sauf que la radio musicale la plus puissante de France (NRJ) ne diffuse pas un flux formaté par genre. NRJ diffuse des tubes, quels qu’ils soient, quel que soit leur genre. NRJ fonctionne donc de manière inversée à Pandora. Et NOUS, auditeurs, nous voulons des titres que nous aimons, peu importe leur genre.
Allez… avouons-le : Pandora, c’est magique… trois semaines. Mais ensuite, que c’est lassant !
Ce qui tue un média, c’est l’avènement d’un nouveau média proposant au minimum les mêmes contenus, mais avec une plus grande mobilité et une plus grande facilité d’utilisation, bref une plus grande disponibilité.
Le livre a ainsi tué le rouleau de parchemin. Le CD a ainsi tué le vinyle. Le MP3 a ainsi tué la cassette.
Alors, la radio qui vous fait gagner un 4×4 est-elle morte ?
La radio qui piège votre belle-mère au téléphone est-elle morte ?
La radio qui diffuse le live unplugged de votre star préférée est-elle morte ?
La radio qui simplement vous donne l’heure le matin, vous annonce la météo, et vous informe que le périph’ est fermé… cette radio-là est-elle morte ? Remplacée par des sites web ?
La télévision – qui avait pour elle l’image – n’a pas tué la radio.
La cassette – qui avait pour elle mobilité et simplicité – n’a pas tué la radio.
AH, AU FAIT… Last.fm vient se signer un deal avec CBS Radio… une vraie radio.

