La confiance, c’est celle qu’un père donne à son fils en le poussant à marcher seul. La confiance, c’est ton moteur : tu sais que tu peux chuter, la confiance qu’on t’a donnée inclut ces errances-ci, pour te laisser progresser sur ce chemin-là. La confiance, c’est celle de tes parents qui te font comprendre que quoi que tu fasses, tant que c’est droit, ils seront tes plus grands fans. La confiance, c’est celle d’un patron, un chef d’équipe, qui te dit qu’on va tous apprendre ensemble, qu’on va explorer de vierges territoires, avec pour toute machette une paire de ciseaux de montage.
La confiance donnée est une énorme preuve d’intelligence. Et les années m’ont appris que ceux qui ne donnent pas celle-ci sont ceux qui manquent cruellement de celle-là. La confiance, c’est prendre le risque de donner une part de soi, et recevoir des tonnes d’amour en retour.
Quelqu’un qui m’est cher m’a un jour démontré que celles et ceux qui te suivent, qui te sont fidèles, ton armée, ce sont tous ceux à qui tu as appris quelque chose pour ensuite les laisser partir, observant de loin et avec bienveillance leur évolution. Ceux-là te sont acquis, parce qu’ils savent que tu les aimes. Ils te suivront au bout du monde.
Si nous – nous, c’est par exemple BL et DF – ne cessons de nous référer à Garcia au point de saouler tous nos lecteurs respectifs, c’est principalement pour cette raison. C’est parce qu’au lieu de mots, il nous a bercés de confiance, même lorsque nous n’étions pas au niveau espéré, humainement comme professionnellement.
Nous sommes tous à la recherche de maîtres, d’exemples à suivre. N’importe quel spécialiste en marketing sait cela. Les défricheurs que tu auras envie de suivre ont tous en commun d’avoir une débordante envie qu’on les aime et de savoir déclencher en toi cet amour, comme une réponse à leur propre inaptitude à exprimer leurs sentiments…
Brisac n’est pas étranger à cette description. Cachant ses fêlures dans un pseudo cynisme qui a fini par ne plus tromper personne, s’acoquinant avec l’idiote et le futile parce qu’au moins, eux, ne perceraient rien du secret des âmes, Martin Brisac, patron de radios, s’est constitué une armée, bien plus précieuse que celles qui mènent des sommets de groupes multinationaux directement en enfer. L’armée de Brisac, c’est nous – pardon, nous sommes précieux – et son château est fait de pierres vivantes.
Ramassées deci-delà, ces pierres ont gardé la mémoire des sons qu’elles ont entendus. Des pierres du mur de Berlin qui tombait alors que Rostropovitch faisait pleurer son violoncelle devant le micro d’Europe 2. Des pierres des barricades du printemps de Prague remémorées par Vaclav Havel sur le podium d’Evropa 2 aux côtés de Paul Simon. Des pierres de la place Tien-An-Men écrasées par les chenilles de l’infâme et qui ont ensuite vibré sous les voix de Joy et Easy FM… Des pierres tachées du sang de Jean-Louis Calderon, mort un soir de Noël à Bucarest, vengé par Europa FM. Des pierres de Budapest, où le peintre autrichien moustachu avait si bien réussi son coup, pierres qui servirent finalement – quelle ironie – à reconstruire une gigantesque synagogue, pendant que Radio 1 commençait ses émissions. Pierres de la Place Rouge où j’ai moi-même fait résonner l’Hymne à l’Amour de Piaf un jour de mai 90, parce que “Tintin”, du fond d’un sauna russe, avait décidé qu’on allait faire de la radio chez les Soviets.
Les pierres vivantes sont aussi celles qui abîment, qui déchirent, celles qu’on a prises en pleine face. Et Brisac en a eu son lot. Il n’est pas à plaindre : il bénéficie d’une initiation qui manquera à la plupart d’entre nous lorsque nous allons chanter Knockin’ on Heaven’s door.
Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles j’écris ce petit article. D’abord, parce que faire des nécros, ça me saoule. Je préfère dire aux vivants que je les aime. Après, c’est trop facile, tout le monde t’aime. Ensuite parce qu’il y a Olivier à Istanbul, Thierry à Moscou, que je suis à Bucarest, et que rien de tout ça n’est par hasard. Ensuite parce que plus tu vois les autres, plus tu aimes Martin, et plus tu te souviens.
Et enfin, parce qu’il se trompe. Il se trompe, parce qu’emberlificoté dans quelques scories d’amitiés de convenance, il n’a pas encore totalement levé les yeux vers le Ciel, il n’a pas encore posé le genou à terre pour s’avouer fils, et donc mon frère. Il se trompe parce qu’abusé par quelques décennies de mensonge, il confond encore idéologie et fidélité.
Martin, merci.
J’ai appris à essayer d’avoir une influence positive sur la vie des gens, j’ai appris à changer leur vie, à leur offrir des rêves à vivre, et je l’ai appris de toi. C’est ce que tu as semé. Et c’est la seule chose qui me fasse véritablement du bien.
Dis-donc, au fait. Je suis passé récemment au China Club, à Shanghai. Quand ils m’ont vu arriver, ils ont planqué tous les cendriers métalliques et les ont remplacés par des horreurs en plastique. T’es fier ?
Love,
D.


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à lire …..