Éditos
Même pas peur

Même pas peur

Alors que depuis trois ans je milite auprès des opérateurs pour une stratégie différente qui impliquerait une plus grande coopération entre les réseaux radio et Spotify, Deezer, RDIO, etc., peu de progrès ont été accomplis de ce côté-ci de l’Atlantique.

Mes visites dans vos stations en Europe en 2013 m’ont permis de constater que vous vous sentez concernés par ce qui se passe, mais que vous ne savez pas trop par quel bout approcher les nouvelles problématiques.

Or, pendant que nous faisons du surplace, la situation évolue aux États-Unis.
En Septembre 2013, le réseau de radios Cumulus Media et la startup RDIO (lancée par Janus Friis, le fondateur de Skype) ont annoncé un partenariat sur les contenus, la promo et la pub, dont le but avoué est de fournir aux auditeurs « une solution intégrée pour tous leurs besoins en audio, tout en offrant aux annonceurs de nouvelles possibilités d’atteindre les consommateurs. »

Ce partenariat stratégique a fourni à Cumulus un intérêt financier dans l’écosystème de la musique numérique au sens large, et a permi à Rdio de lancer des produits gratuits – avec publicité intégrée – aux États-Unis tout en accélérant l’activation de nouveaux utilisateurs et abonnés.

Cumulus a reçu des parts significatives de Pulser Media, la maison mère de Rdio, en échange de contenus exclusifs et d’implications dans la promotion sur les cinq prochaines années. En sus, Rdio pourra utiliser le levier de l’infrastructure commerciale de Cumulus, pour monétiser ses offres gratuites financées par la publicité, ceci incluant de la Musique-à-la-demande, des playlists personnalisés et des contenus exclusifs édités par Cumulus.

C’est presque l’accord parfait ! Et c’est un excellent exemple de ce que je pense être une conséquence naturelle de la croissance organique des stratups de musique en ligne : en redécouvrant pas à pas l’Art de la Radio, ces entreprises se rapprochent de notre industrie, même s’il leur a fallu « réinventer la roue ». Prenez l’exemple de Songza, qui a commencé comme un système de « playlists sociales » et qui a rapidement pivoté en engageant… des programmateurs radio professionnels !

La plupart des réseaux radio rechignent à changer leur process de production et leur stratégie globale afin de véritablement intégrer le monde du tout-numérique. Ils prennent ce qui reste un territoire inexploré pour une terre ennemie. Un paradigme classique.

Depuis environ un siècle, nous avons développé deux marques : celle de notre propre réseau, et le mot générique « radio ». C’est un patrimoine d’une valeur incroyable ! Votre marque a obtenu la confiance des auditeurs en votre format. Ils savent ce que vous fournissez, et ils se branchent simplement pour l’obtenir ! Et chaque étude, année après année, nous montre que selon les auditeurs, la Radio est le média le plus digne de confiance du monde occidental.

Alors… nous avons les marques, le média, l’audience, la confiance, et une expérience gigantesque de 100 ans en ce qui concerne la production de contenus audio pour les masses. Alors… pourquoi et de quoi avons-nous peur lorsque trois geeks diffusent de la musique en ligne ?

Nous avons peur parce que nous n’avons pas encore compris que ces startups, pour survivre, vont absolument avoir besoin de nous rejoindre dans une version mise à jour de notre industrie.

J’aime beaucoup m’exprimer devant des opérateurs radio, des responsables des ventes, des directeurs des programmes ou de l’info, parce qu’alors que je parle, je vois dans leurs yeux la naissance d’un intérêt nouveau pour ces territoires numériques inexplorés. Ce qui était hier un poids devient un canal de distribution de contenus… et une source potentielle de revenus.

J’aime aussi travailler directement avec vos équipes, car seulement alors pouvons-nous adapter les process de production et les flux de programmes pour ces nouveaux canaux. Rien ne surpasse des hommes de radio qui brainstorment de nouvelles manières de satisfaire leur public !

Cette satisfaction devrait d’ailleurs être le noyau de chacune de nos décisions. C’est ainsi que Lew Dickey, PDG de Cumulus, décrit son partenariat avec Rdio :

Ce partenariat [permet] aux consommateurs d’écouter ce qu’ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent.

On ne saurait mieux dire.
On s’y met ensemble ?

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