l'animator est celui qui donne l'apparence de la vie, un peu comme l'acteur ou le marionettiste. Et aujourd'hui ?' />
Éditos
Monsieur Loyal, dans son beau costume rouge et or

Monsieur Loyal, dans son beau costume rouge et or

Alors que tout animateur radio a été au moins une fois dans sa vie confronté à quelque membre de sa famille le présentant comme ‘journaliste’ (non, Maman, je ne suis PAS journaliste…) je note avec intérêt la nouvelle mode qui consiste à transformer en ‘animateur’ tout intervenant régulier à l’antenne qui ne fasse pas du journal ou du flash. Ces jours-ci, par exemple, je lis deci-delà qu’Europe 1 a perdu deux ‘animateurs’ : MM. Demorand et Fogiel.

Ce n’est peut-être qu’un détail, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Et puis quelque chose me dit que ce détail est caractéristique de la manière dont nous concevons la radio.

Comme n’importe quel Directeur des Programmes, j’ai eu à expliquer encore récemment et le plus calmement du monde à des animateurs trop bavards que leur vie n’intéressait pas grand monde et que je préférais les intros cadrées aux instrus étalés. Et comme tout Directeur des Programmes, j’ai reçu comme réponse énervée : « – Mouais… tu veux qu’on dise le nom de la radio, l’heure qu’il est, et le nom du prochain titre, et basta, quoi… » Bah oui. Seulement voila, c’est précisément à l’intérieur des restrictions que se révèlent les talents. C’est vrai pour la peinture comme c’est vrai pour la radio.

Car enfin, avouons-le : s’épancher sans fin dans un micro, c’est autant à la portée de votre cousine qui tient une baraque-à-frites que d’Alain Finkielkraut (qui le fait d’ailleurs très bien, sur France Culture). Alors qu’intégrer le nécessaire (les call-letters, éventuellement le claim, le titre suivant), mélanger avec un soupçon de contemporanéité prouvée (exemple : une référence clin-d’oeil à une émission TV vue la veille au soir qui démontre que l’animateur vit ‘avec’ sa cible), tout ceci en un micro de 15 secondes, et avec le sourire s’il vous plaît, ce n’est franchement pas à la portée de tout le monde. C’est même un talent rare. Bref, c’est un métier.

Aïe ! Le gros mot est lâché ! Animateur.. ce serait donc un métier, y compris dans les FM des années 2010 ? Réponse : yes indeed ! Essayez, vous verrez : dans les contraintes posées par les réseaux, il est bien difficile de parvenir à la cheville de professionnels tels que, par exemple, Bill Debruge, Pascal Langlois ou Eric Madelon. Ceux-ci sont des jongleurs qui, entourés par le feu, donnent le meilleur d’eux-même et de la radio en 15 secondes.

Un animateur radio ‘historique’ me racontait récemment un casting organisé par une radio. Le jeune gars derrière la console lui avait demandé de faire un test avec un ‘doughnut’, ces éléments sonores qui commencent par un jingle, puis instru, puis jingle de fin. Bref, il lui demandait de parler sur une durée imposée. L’animateur radio, se sentant piégé, s’était levé et était parti. Sans le vouloir, cet animateur refusant l’obstacle rendait ainsi hommage à ceux qui savent se dépatouiller de la difficulté de l’exercice.

Lorsque tu diriges une radio, tu as beaucoup de chance ! Et la première d’entre elles est que tu as forcément dans ton équipe des types dont tu as été fan. Je me souviens d’être sorti un jour de mon bureau d’RFM pour courir dans le studio après une intervention de Cyrille Laporte, simplement pour lui dire « Cookie, qu’est-ce que t’es bon ! » Parce qu’enfin, ces gens-là, derrière le micro, ça ne vous paraît pas bizarre que les gestionnaires fous n’aient pas encore réussi à s’en débarrasser ?

http://video.denisflorent.fr/sky-radio/1989 Oh, rassurez-vous, ils ont essayé !

Vous souvenez-vous de HIT FM, à Paris ? Ou bien The Wave, à Los Angeles ? Ou encore Sky Radio ? Laquelle Sky Radio fut lancée en 1989 avec un mémorable spot TV que je vous invite à revoir ici…

Toutes ces tentatives ont échoué. Et s’il en est ainsi, c’est probablement parce que la radio est un média à part, entièrement incrusté dans la vie des auditeurs; un média intime. La radio, ce n’est pas de la musique.

Alors, se pourrait-il que les animateurs soient invirables ? Se pourrait-il que plus la radio est automatique, précise, technologique, plus la présence de l’accompagnateur « assis sur le bras de votre fauteuil et qui vous sussurre à l’oreille le nom de la chanson qui vient de passer » [dixit Louis Merlin] devienne précieuse, irremplaçable, incontournable ?

Et puis… ‘anima‘ ça veut bien dire ‘âme‘, n’est-ce pas ?

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