Éditos
Poésie radiophonique

Poésie radiophonique

En furetant dans les rayonnages de mon ami libraire ancien Robert Rousset, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au milieu d’un ouvrage de poésie… un texte écrit à la muse Radio !

Bientôt les vacances… il est temps de faire une pause dans l’actualité radio… et de prendre le temps de déguster ces charmants petits vers fort bien tournés…

T.S.F.

La radio… « Hier Frankfurt » (1938)

Voix de femme qui viens à moi du fond du monde,
A travers les obscurs espaces traversés,
Voix au chant douloureux, voix ardente et profonde,
Que viens-tu me conter de mon coeur, que tu sais ?

Comment devines-tu qu’en ton vaste auditoire,
Seul dans sa chambre où près de lui penche une fleur,
Un homme a ce chagrin perdu dans la nuit noire,
Celui même que peut consoler ta douleur ?

Toi que je ne verrai jamais, toi dont j’ignore
La figure et le corps et l’âge, et jusqu’au nom,
Que viens-tu, toi ma soeur dans l’univers sonore,
Réveiller en ce coeur où l’espoir disait non ?

On peut donc autre part que dans mon âme triste
Sentir, rêver, aimer, attendre le bonheur ?
O violon dont joue un invisible artiste,
Cloche en la nuit dont nul n’aperçoit le sonneur !

La lampe tiède suit son rêve de lumière,
Tout le jardin désert dort jusqu’à la forêt.
Et là-bas, inconnue et pourtant familière,
Une autre âme confesse à la nuit mon secret !

Ah ! dans la haine immense où l’univers s’engouffre,
Viens me faire espérer qu’un jour les hommes fous
Comprendront que, scrutant leur même coeur qui souffre,
Quelqu’un qui les voit tous d’en haut les aime tous !

Fernand Gregh
in « La couronne perdue et retrouvée », Flammarion, 1945, pp. 15,16

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