Plus le processus de programmation musicale est automatisé, plus la radio a besoin d’interventions humaines.
Je me souviens de cette radio qui voulait augmenter son audience féminine, et qui pour ça avait engagé une programmatrice de type caissière-poissonnière. Aucun titre n’avait été retiré ni ajouté, mais ses retouches manuelles – faites tout en téléphonant à ses copines coiffeuses – faisaient le travail. Alors bien sûr, lorsqu’après quelques mois, on regardait les historiques Selector, il était flagrant qu’elle repoussait manuellement toujours les mêmes titres, et tout aussi évident que quelques golds qui avaient sa préférence étaient surdiffusés par rapport aux rotations prévues. Une horreur !
Mais… mais… la radio obtint ce qu’elle voulait : un glissement vers les femmes.
Les changements manuels – certains subtils (“parce que ça sonne mieux”) et d’autres très francs (“mais pourquoi tous les France Gall sont systématiquement repoussés ?”) – avaient poli la programmation pour la rendre définitivement féminine.
Traduction : auditoriums de folie à travers tout le pays + Selector équipé guérilla tous-temps, vous vous croyez parés ? Et non… à la fin, il faut une Lulu pour rendre tout ça moins moustachu.
Avec Powergold et son extrême finesse de programmation (système des points auxquels les Selectormen ne comprennent en général pas grand-chose), il est possible de “coder” certains de ces feelings “flottants” humains, si on accepte d’y passer beaucoup beaucoup de temps. Mais est-ce bien utile ?
Finalement, une caissière qui appelle ses copines coiffeuses, ça ne vous manque pas, dans votre station, hum ?

