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Vivre en dictature

Vivre en dictature

Les Anglais se sont fait la malle. La France est au bord de l’explosion sociale. Les attentats ou autres assassinats endeuillent la nation quasiment chaque semaine. Des pans entiers du pays ne tiennent plus que par la CAF. Le patron de la DGSI annonce aux députés la guerre civile imminente. Le Président normal culmine à 12% de citoyens satisfaits (où les trouve-t-on ?). Mais… rassurez-vous, le gouvernement travaille aux dossiers les plus urgents, les plus brûlants. Comme, tiens, par exemple, les quotas de musique-qui-cause-la-France dans les radios !

Ah, la radio ! En voila bien une industrie nationale qui va bien, qui s’exporte, même, depuis 30 ans. En voila une industrie nationale que les plus grands dans le domaine regardent avec admiration ! (Saviez-vous que les gens de Z100 ont autant d’admiration pour NRJ que les gens de cette dernière en ont pour Z100 ?).

La radio en France ? Un savoir-faire de plus d’un siècle, amélioré sans cesse, poli, travaillé, pensé, repensé, théorisé, avec ses diverses branches, publiques, privées, commerciales, associatives, culturelles, musicales, d’info en continu, etc. A part le talk pur et dur qui vient des US, la radio en France a tout inventé. Et contrairement aux fantasmes des radioteux, la radio en France, c’est bien mieux que la radio aux States ! C’est plus divers, plus intelligent, plus audible et plus digeste. En France, la radio, on en fait de la haute couture, nous, Môssieur !
Tu les entends ces habillages fluides ? Tu les sens ces transitions au tempo et en tonalité ? Bref, la radio, en France, ça marche ! Il faut donc que le gouvernement s’y attèle au plus vite ! Un machin qu’on n’a pas encore détruit ? Euh… attendez… l’école, c’est fait. L’économie, c’est satellisé. La souveraineté, c’est réglé. L’armée, c’est plié. Les grandes industries, on a rangé. Voila voila… Ah, la radio ! Quoi la radio ? Ben la radio… ça marche encore ! Oh purée ! ÇA MARCHE ENCORE ????

Et là, une illustre inconnue, Madame le ministre de la Kulture, Audrey Azoulay (la dame sur la photo d’illustration), se lève d’un coup d’un seul, regarde tous les réseaux droit dans les yeux et te dit le doigt en l’air « Bon, c’est plus possible, je vous interdis de diffuser un titre plus de 5 fois par jour ! »

Tu t’éclates de rire, tu lui tapes dans le dos entre deux olives, ton verre de Champ’ à la main, tu regardes Baudecroux qui pense tout haut « ça a du coûter bonbon, ce cocktail », Bellanger qui répète à tous ceux qui le croisent « ils auraient pu la faire par satellite, cette petite sauterie ! », Gallet qui examine les boiseries suivi d’un vieux monsieur rouquin bourré de tics qui renifle en demandant où sont les toilettes. Et là, le réveil sonne. Ouf, donc j’avais rêvé, comme disait Trénet.

Oui, j’avais rêvé le cocktail, mais pas la déclaration hallucistupéfinante de Mâme Azoulay-qu-a-rien-d-autre-à-faire-qu-embeter-les-gens-qui-bossent.

Donc, voila, c’est fait. Tout une industrie en parfaite santé fait semblant de s’offusquer pour mieux se coucher devant le fascisme bien réel d’un gouvernement aux abois, qui ne sait plus que faire pour créer du vent, et qui donc s’attaque à tout ce qui bouge encore.

Selon Le Monde, le texte est clair :

Si plus de 50 % des diffusions de chansons francophones sont concentrées sur dix titres seulement, les diffusions supplémentaires de ceux-ci ne seront plus prises en compte dans les quotas.

Les radios pourront réduire, si elles le souhaitent, jusqu’à cinq points le quota de chansons francophones, si elles programment 45 % de nouveautés et ne diffusent jamais un même titre plus de 150 fois dans le mois, soit 5 fois par jour, qu’il soit francophone ou non.

Je n’ai pas encore fait de radio en Corée du Nord, mais quelque chose me dit que ça doit ressembler à ça… En revanche, j’ai bien dirigé trois réseaux en République Populaire de Chine, et on ne m’y a jamais posé de restrictions sur les rotations ! Mais comme chacun sait depuis 2007, en France, on a beaucoup plus de bravitude qu’en Chine. Donc, nous, on OSE ! On ose les lois débiles. On ose les freins à l’entreprenariat. On ose expliquer aux professionnels comment ils doivent agir, surtout quand soi-même, comme la quasi totalité de la classe politique, on a jamais eu le moindre emploi, on n’a absolument jamais travaillé. Normal, qu’on vous dit !

Reste à comprendre pourquoi l’industrie radio en France accepte ces coups de bâtons sans broncher. Et ça, ça me dépasse.

Cet article a été précédemment publié sur La Lettre Pro

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